Le massif du Jura, terrain de randonnée hors du commun
La Franche-Comté n’est pas l’Himalaya, ni même les Alpes. Ses sommets ne dépassent pas 1 720 mètres (Crêt de la Neige, côté Ain). Mais ce que le Jura perd en altitude, il le gagne en diversité : en une seule journée de marche sur les plateaux franc-comtois, un randonneur peut traverser une forêt de sapins sylvestres où la lumière perce à peine, déboucher sur un pâturage à cloches où paissent des vaches Montbéliardes, suivre le bord d’une falaise calcaire dominant un lac glaciaire d’un bleu irréel, et finir sa journée dans un village de pierres grises aux toits de tuiles plates semblables à ceux de la Bourgogne voisine.
Pour en apprendre davantage sur la nature de la région, consultez notre guide de la nature et des randonnées en Jura.
Ce contraste entre la modestie des chiffres et la richesse des paysages fait la particularité du Jura comme terrain de randonnée. Le massif occupe un territoire d’environ 250 km de long et 50 km de large, entre le sillon saônois à l’ouest et la frontière suisse à l’est. Il se déploie en trois niveaux bien distincts : la zone des avant-monts (300-500 m d’altitude), le plateau (600-900 m), et la montagne (900-1 700 m), chacun offrant des paysages et des conditions climatiques différentes.
La Franche-Comté concentre les deux tiers de ce massif. Les deux Parcs Naturels Régionaux (Haut-Jura et Doubs — ce dernier en cours de création) organisent et balisent un réseau de sentiers qui dépasse les 3 000 km. Le GR5, itinéraire de grande randonnée qui relie la mer du Nord aux Alpes, en traverse la partie la plus sauvage.
Le GR5 en Franche-Comté : la grande traversée
Histoire et tracé de l’itinéraire
Le GR5 est l’un des grands itinéraires pédestres d’Europe. Il part de Hoek van Holland (Pays-Bas), longe le Rhin, traverse les Vosges alsaciennes, descend dans le Jura, et termine sa course à Menton ou Nice après avoir traversé les Alpes. La section franc-comtoise, longue d’environ 80 à 100 km selon le tronçon retenu, est l’une des plus sauvages et des moins fréquentées de l’itinéraire.
En entrant dans le département du Doubs depuis le Territoire de Belfort au nord ou depuis le Jura au sud, le GR5 rejoint les hauts plateaux calcaires qui forment l’épine dorsale de la Franche-Comté. On marche ici à des altitudes comprises entre 800 et 1 100 mètres, dans un paysage de forêts d’épicéas et de sapins blancs, de dolines (dépressions calcaires caractéristiques du karst jurassien), de pâturages communaux appelés « montagnes » par les habitants, et de fermes isolées aux murs de pierres dorées.
La frontière suisse se fait sentir avant d’être visible. Les fermes grossissent, les distances entre elles augmentent, les prairies s’élargissent. Puis apparaissent les douanes, aujourd’hui silencieuses, et au-delà, les monts du Jura suisse, quasi identiques à leurs homologues français.
Étapes pratiques sur le tronçon comtois
Le tronçon le plus randonnée du GR5 en Franche-Comté relie Pontarlier à La Cluse-et-Mijoux, ou pour les randonneurs qui viennent du nord, Baume-les-Dames à Pontarlier. La section Pontarlier-Labergement-Sainte-Marie-Mouthe-Les Hôpitaux-Neufs (environ 50 km en 3 jours) offre les plus beaux panoramas sur la Suisse par temps clair.
Gîtes recommandés le long de ce tronçon :
- Pontarlier : gîtes en ville + accueil pèlerin
- Montperreux : gîte d’étape (15 km de Pontarlier)
- Mouthe : gîte municipal + petit hôtel (le village le plus froid de France, -36,7°C en 1985)
- Les Hôpitaux-Neufs : gîte à la Métabief (station de ski reconvertie en espace quatre saisons)
Dénivelé cumulé sur ce tronçon : environ 1 200 m de positif et 1 400 m de négatif sur 50 km. La difficulté est modérée, sans passage exposé ni terrain technique. L’essentiel de la marche se fait sur des chemins forestiers bien tracés et des pistes agricoles.
Le Tour du Doubs : suivre la rivière au fil des gorges
Naissance d’un itinéraire fluvial
La rivière Doubs est l’un des personnages principaux du paysage comtois. Née à Mouthe à 937 mètres d’altitude, elle descend vers Pontarlier, puis fait demi-tour vers l’est pour entrer en Suisse, dessine une vaste boucle et revient en France pour s’engager dans les gorges calcaires qui l’ont rendue célèbre. Elle finit sa course dans la Saône à Verdun-sur-le-Doubs, après 430 km de méandres et de cascades.
Le Tour du Doubs est l’itinéraire pédestre et cyclable qui suit ce parcours sur les sections les plus spectaculaires. La version pédestre privilégie les sentiers en surplomb des gorges — les « belvédères » calcaires dont certains dominent la rivière de 300 à 400 mètres. La version cyclable emprunte les voies vertes et les chemins de halage des anciennes voies d’eau.

Les gorges du Doubs : le passage le plus sauvage
La section des gorges entre Villers-le-Lac et Maîche constitue le cœur du Tour du Doubs. Sur environ 30 km à vol d’oiseau (mais beaucoup plus sur les sentiers qui épousent les méandres), la rivière coule 200 à 400 mètres en contrebas de sentiers taillés dans la falaise. La forêt de chênes, charmes, frênes et érables est accrochée aux pentes dans une verticalité parfois intimidante. Les randonneurs engagés sur ce tronçon doivent surveiller le niveau de la rivière : les crues du Doubs et les risques météo pour les randonneurs, analysés par un hydrologue spécialiste de la vallée, fournissent les repères essentiels pour évaluer les conditions avant de s’engager sur les sentiers des gorges.
Le Saut du Doubs, à 3 km de Villers-le-Lac, est l’attraction principale de cet itinéraire. La cascade de 27 mètres tombe dans un bassin d’un vert émeraude saisissant. On y accède soit par bateau depuis Villers-le-Lac (30 minutes de navigation dans les gorges), soit par sentier depuis les hauteurs (1h30 aller depuis le parking de la Maison de la Réserve). En été, le site est très fréquenté en milieu de journée ; préférer un départ tôt le matin pour l’apprécier dans la tranquillité.
Étapes pratiques sur le Tour du Doubs
Pour parcourir les gorges du Doubs à pied sur 5 jours (section Pontarlier-Besançon) :
Jour 1 : Pontarlier → Valdahon (30 km, dénivelé +400/-500 m) — plateau céréalier, vues sur les Alpes Jour 2 : Valdahon → Baume-les-Dames (28 km) — descente vers la plaine de la Saône Jour 3 : Baume-les-Dames → Clerval (22 km) — gorges sauvages, falaises et hérons cendrés Jour 4 : Clerval → l’Isle-sur-le-Doubs (18 km) — méandres tranquilles, prairies inondables Jour 5 : l’Isle-sur-le-Doubs → Besançon (35 km, étape longue) — arrivée dans la capitale comtoise
Hébergements disponibles dans chaque étape. Alimentation possible à Valdahon, Baume-les-Dames et Clerval.
Les sentiers thématiques des Parcs Naturels
La Franche-Comté dispose de deux Parcs Naturels Régionaux particulièrement actifs dans le balisage et l’entretien des sentiers. Le Parc Naturel Régional du Haut-Jura couvre le territoire montagneux entre Saint-Claude, Pontarlier et la frontière suisse. Le projet de Parc Naturel Régional Doubs-Horloger, qui devrait être créé prochainement, couvrirait la vallée du Doubs entre Montbéliard et Pontarlier.
Le PNR Haut-Jura entretient plusieurs itinéraires thématiques remarquables :
Sentier de la Joux (forêt domaniale de la Joux, Champagnole) : 12 km en forêt de sapins blancs parmi les plus beaux de France. Certains exemplaires dépassent 40 mètres de hauteur et 300 ans d’âge. Panneaux pédagogiques sur la sylviculture jurassienne. Difficulté : facile. Idéal pour l’automne.
Circuit des lacs (région de Clairvaux-les-Lacs) : 15 km autour des lacs du Jura (Chalain, Vouglans, Clairvaux). Belvédères successifs sur des lacs glaciaires aux eaux turquoise. Dénivelé cumulé 600 m. Difficulté : modéré. Vue sur les Alpes par temps clair.
Sentier des tourbières de Frasne-Bouverans : 6 km quasi-plat dans une zone humide exceptionnelle. Orchidées, droséras, sphaignes. Passerelles en bois sur les zones les plus fragiles. Idéal pour les familles et les botanistes amateurs. Accessible d’avril à novembre.
Avant votre départ, consultez les prévisions météorologiques détaillées sur meteo-franche-comte.fr — les conditions peuvent changer rapidement en altitude dans le Jura, surtout entre mai et septembre où les orages sont fréquents en fin d’après-midi.

Matériel et préparation pour randonner en Franche-Comté
Ce que le Jura réserve comme surprises météorologiques
Le Jura est l’un des massifs les plus arrosés de France, avec des précipitations moyennes de 1 200 à 2 000 mm par an selon l’altitude. L’exposition au flux d’ouest atlantique et la dynamique de soulèvement orographique expliquent cet excès de précipitations. En pratique, cela signifie que les après-midi d’été peuvent amener des orages violents et soudains, et que les mois d’avril-mai cumulent souvent les belles matinées et les averses de l’après-midi.
Ce qu’il faut toujours emporter :
- Une veste imperméable légère (même en juillet)
- Des chaussures de randonnée imperméables avec bon maintien de cheville (sols karstiques rocailleux)
- Gourde (1,5 L minimum) — les sources sont fréquentes sur le plateau mais nécessitent parfois un filtre
- Carte IGN au 1/25 000 en complément du GPS — les balisages peuvent s’effacer dans les zones forestières peu fréquentées
- Crème solaire et lunettes UV — l’altitude et la réverbération des prairies calcaires augmentent l’exposition en été
Préserver les milieux naturels
Les plateaux calcaires du Jura et les zones humides (tourbières, bords de dolines) sont des milieux extrêmement fragiles. Quelques règles essentielles à respecter :
Rester sur les sentiers balisés, en particulier dans les zones de tourbières (le tapis de sphaignes peut supporter le poids d’un randonneur en surface mais s’effondre sur plusieurs mètres de profondeur). Ne pas cueillir les orchidées sauvages (plusieurs espèces protégées sont présentes : orchis militaire, dactylorhize, ophrys abeille). Éviter les feux à moins d’un kilomètre des forêts de sapins (risque incendie très élevé en été).
Pour découvrir l’histoire et le patrimoine des villages traversés lors de ces randonnées, consultez notre guide des plus beaux villages de Franche-Comté. Les bourgs comtois avec leurs fontaines-lavoirs, leurs clochers à bulbe et leurs maisons de pierres calcaires méritent autant d’attention que les paysages naturels qui les entourent.
Randonnée et gastronomie : l’autre plaisir du marcheur comtois
Randonner en Franche-Comté, c’est aussi découvrir une gastronomie de terroir exceptionnelle au bout de l’étape. Les gîtes d’étapes et les fermes-auberges proposent des repas à base de produits locaux qui font de la Franche-Comté l’une des régions les plus gourmandes de France pour le randonneur.
Quelques arrêts gastronomiques incontournables le long des itinéraires :
La Ferme de la Combe près de Mouthe (Haut-Doubs) : plateau de fromages Comté à différents affinage, saucisse de Morteau fumée au feu de bois, croûte au Comté maison. Le beurre et la crème issus des vaches Montbéliardes de l’exploitation ont une saveur de noisette caractéristique des produits laitiers d’altitude.
Les fermes-auberges de Chaux-Neuve et Chapelle-des-Bois : spécialités de cancoillotte chaude sur pommes de terre, soupe au Comté, truite de la Loue au beurre blanc. Ces auberges de montagne perpétuent une tradition d’hospitalité envers les marcheurs qui remonte au XVIIIe siècle.
La Maison de la Bière et du Fromage de Pontarlier : dégustation de bières artisanales (la bière de montagne, spécialité de Pontarlier, est produite depuis le XVIe siècle) et de fromages d’alpage. La Cancoillotte, fromage fondu à base de metton, est ici dans sa version originale — bien loin des versions industrielles. Notre guide de la gastronomie franc-comtoise détaille l’ensemble des spécialités culinaires à découvrir lors de vos séjours.
La randonnée en Franche-Comté n’est pas une discipline de performance. C’est plutôt une manière d’habiter le territoire, de comprendre comment les hommes ont construit leurs villages en surplomb des vallées pour se protéger des crues, comment ils ont façonné leurs pâturages dans des forêts qui sans eux reprendraient leurs droits en quelques décennies, comment ils ont tiré de ces pierres et de ce bois des savoir-faire qui font aujourd’hui la réputation mondiale du Comté, de l’horloge comtoise et du vin jaune du Jura. Chaque chemin raconte cette histoire.
