L’histoire de la Franche-Comté est une longue saga de résistance, de conquêtes et de reconquêtes, une épopée où les habitants d’une région carrefour ont dû se définir, se battre et négocier leur place entre des empires plus grands qu’eux. Deux millénaires séparent la Vesontio gauloise mentionnée par César de la Franche-Comté française définitivement rattachée par le Traité de Nimègue. Entre les deux, le même territoire a été breton, burgonde, carolingien, bourguignon, espagnol et autrichien avant de devenir définitivement français.
Pour en apprendre davantage sur la région, consultez notre guide de les clochers comtois. Cette histoire tourmentée explique la richesse et la singularité de l’identité comtoise : une région qui a su absorber toutes ces influences tout en conservant un noyau dur d’indépendance, résumé par cette devise légendaire : “Comtois, rends-toi ! — Nenni, ma foi !”
Les origines : Séquanes et Vesontio gallo-romaine
Les Séquanes face à César
Avant les Romains, le territoire qui deviendra la Franche-Comté est occupé par les Séquanes, tribu gauloise dont la capitale Vesontio — aujourd’hui Besançon — est décrite par Jules César avec admiration dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules :
“Vesontio est presque entièrement entourée par la rivière comme par un compas. La montagne dresse ses flancs escarpés des deux côtés jusqu’à la rivière… Un plateau d’un accès facile occupe la base de la montagne.”
Cette description topographique est parfaitement exacte : Besançon est construite dans un méandre presque parfait du Doubs, avec la citadelle dominant le tout depuis un rocher abrupt. Cette géographie naturelle en a fait une place forte pendant des millénaires.
En 58 av. J.-C., l’invasion de la Gaule par les Germains d’Arioviste, qui menaçaient notamment les Séquanes, fournit à César le prétexte d’une intervention militaire qui allait déboucher sur la conquête de toute la Gaule. La victoire romaine sur Arioviste, probablement livrée près de Mulhouse, marqua le début de la romanisation de la région.
La prospérité gallo-romaine
Sous l’Empire, Vesontio devient une ville prospère, chef-lieu de la province romaine de Séquanie (ou Maxima Sequanorum). Ses vestiges témoignent d’un niveau de vie élevé : la Porte Noire, arc de triomphe du IIe siècle dédié à Marc Aurèle, est l’un des monuments romains les mieux conservés de France. Les fouilles archéologiques ont mis au jour des mosaïques, des thermes, un amphithéâtre et d’abondantes inscriptions latines.
Les thermes de Luxeuil-les-Bains, exploitant des sources thermales naturelles connues depuis l’Antiquité, attestent d’une fréquentation romaine importante dans les Vosges comtoises. La route romaine qui traverse les cols du Jura vers l’Italie et la Germanie est jalonnée de vestiges de villas et de relais routiers.
Le Moyen Âge : du comté franc au comté libre
Burgondes, Carolingiens et premiers comtes
Après les grandes invasions du Ve siècle, les Burgondes s’établissent dans la région, leur donnant leur nom à la Bourgogne. Intégrés à l’empire franc après leur défaite de 534, les territoires comtois font partie de la Lotharingie sous les successeurs de Charlemagne, puis du Royaume de Bourgogne après les partages carolingiens.
Au Xe siècle se constitue le Comté de Bourgogne, distinct du Duché de Bourgogne. Ce comté, sous l’autorité de comtes locaux souvent turbulents, développe progressivement des institutions propres : un parlement, des chartes de franchise accordées aux villes, des libertés qui lui valent progressivement le qualificatif de “Franche”. Le terme apparaît dans des textes du XIe siècle sous la forme “Franche Conté de Bourgogne”.
L’époque bourguignonne
Au XIVe siècle, le comté de Bourgogne entre dans l’orbite des ducs de Bourgogne, la grande puissance politique de l’Europe du Nord. Les ducs de Valois-Bourgogne — Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon, Charles le Téméraire — gouvernent un ensemble territorial qui s’étend des Pays-Bas à la Bourgogne en passant par la Franche-Comté. Cette période est celle d’une grande prospérité culturelle et économique : Dole, capitale du comté, développe son université, ses institutions judiciaires et ses marchés.
La mort de Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477 marque la fin de l’État bourguignon. Sa fille unique Marie de Bourgogne, héritière de tous ses territoires, épouse Maximilien de Habsbourg la même année, faisant basculer la Franche-Comté dans l’orbite de l’Empire.

Les Habsbourg : deux siècles d’histoire (1493-1678)
Charles Quint et la Franche-Comté espagnole
Avec Charles Quint (1500-1558), petit-fils de Maximilien et de Marie de Bourgogne, la Franche-Comté devient partie intégrante d’un empire gigantesque s’étendant de l’Espagne aux Amériques, des Pays-Bas à l’Italie. La région est gouvernée depuis Bruxelles ou Madrid par des vice-rois et des gouverneurs fidèles à la couronne espagnole.
Cette période habsbourgeoise a des conséquences architecturales majeures. Les artisans, architectes et ingénieurs circulant dans l’empire apportent des influences d’Europe centrale : c’est ainsi que les clochers à bulbe d’inspiration autrichienne et bohémienne s’implantent dans la campagne comtoise, donnant naissance à ce patrimoine unique de 665 clochers vernissés.
Le Cardinal de Granvelle (1517-1586), natif d’Ornans dans le Doubs, est le personnage le plus important de cette période. Conseiller de Charles Quint puis de Philippe II d’Espagne, il joua un rôle majeur dans la politique européenne du XVIe siècle, notamment dans les guerres de religion et la politique des Pays-Bas.
La Guerre de Trente Ans et la résistance comtoise
La Guerre de Trente Ans (1618-1648) ravage la Franche-Comté comme l’ensemble de l’Europe. Les armées françaises, suédoises et espagnoles pillent alternativement les campagnes, la peste décime la population, les récoltes brûlent. La région perd environ un tiers de sa population pendant cette période.

C’est dans ce contexte dramatique que naît la devise légendaire. En 1636, le prince de Condé assiège Dole, la capitale comtoise. Face aux sommations de reddition, les bourgeois auraient répondu : “Comtois, rends-toi ! — Nenni, ma foi !” — une formule de refus catégorique qui résume le caractère entier et indépendant des habitants.
Le rattachement à la France (1678)
Louis XIV convoitait la Franche-Comté depuis le début de son règne. Il la conquit militairement une première fois en 1668 en trois semaines — prouesse dont il fut si fier qu’il fit commémorer sur les tapisseries des Gobelins — mais dut la rétrocéder à l’Espagne au traité d’Aix-la-Chapelle sous pression des puissances européennes.
La seconde conquête, en 1674, fut définitive. Le traité de Nimègue du 17 septembre 1678 entérina le rattachement de la Franche-Comté à la France. Pour marquer sa souveraineté et défendre cette nouvelle frontière, Louis XIV chargea Vauban de construire un réseau de fortifications. La citadelle de Besançon (1668-1690) est le chef-d’œuvre de cet ensemble, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008. Les fortifications de Belfort, élevées par Vauban sur ce même élan défensif, allaient deux siècles plus tard permettre la résistance héroïque de 1870 — le siège de Belfort de 1870 et la résistance comtoise est l’épisode fondateur de l’identité belfortaine, retracé en détail par l’encyclopédie du patrimoine historique de la cité.
LE SAVIEZ-VOUS ? La Franche-Comté a appartenu à l’Empire espagnol des Habsbourg pendant 185 ans (1493-1678). C’est cette influence qui a introduit les clochers à bulbe d’Europe centrale dans l’architecture régionale, donnant à la campagne comtoise sa silhouette si particulière.
L’époque moderne : horlogerie, révolution et industrie
L’horlogerie bisontine
Dès le XVIIe siècle, Besançon développe une industrie horlogère qui en fait, avec Genève et La Chaux-de-Fonds, l’un des grands centres mondiaux de la montre. Des centaines d’ateliers et de manufactures produisent montres et mécanismes exportés dans toute l’Europe. Au XIXe siècle, Besançon compte plus de 40 000 ouvriers horlogers. Si cette industrie a décliné au XXe siècle, elle a engendré une filière microtechnique et médicale de premier plan que la ville cultive encore aujourd’hui.
Victor Hugo, enfant de Besançon
Victor Hugo (1802-1885) est né à Besançon le 26 février 1802. Son père, le général Léopold Hugo, était en garnison dans la ville lors de la naissance de l’écrivain. Si Victor Hugo quitta très tôt Besançon et n’y revint que rarement, il garda un lien fort avec sa ville natale qu’il évoqua dans ses écrits. Son poème “Metz et Besançon” exprime son attachement à ces deux villes frontières françaises lors de la guerre de 1870.
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L’histoire récente : industrie et mémoire
L’industrie Peugeot
La vallée de l’Allan, autour de Montbéliard et Sochaux, est le berceau de l’industrie automobile française. Armand Peugeot (1849-1915) y fonda en 1896 la Société Anonyme des Automobiles Peugeot, dont l’usine de Sochaux, inaugurée en 1912, est devenue l’un des plus grands sites de production automobile d’Europe. L’histoire de Peugeot est indissociable de celle de la Franche-Comté : elle a façonné le paysage social, économique et urbain de tout le nord du Doubs.
La Résistance et la libération
La Franche-Comté, region frontalière avec la Suisse, joua un rôle important dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. De nombreux réseaux utilisèrent la frontière suisse pour exfiltrer des réfugiés, des soldats alliés et des résistants. Le Musée de la Résistance et de la Déportation, installé dans la citadelle de Besançon, conserve une documentation et une collection exceptionnelles sur cette période. Plus largement, la mémoire militaire et commémorative du Doubs — des guerres de 1870-1871 à la Première Guerre mondiale en passant par la Seconde — est préservée par les associations du Souvenir Français qui documentent monuments aux morts, cérémonies annuelles et biographies des combattants du département.
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